Exposition des toiles de Mostafa SBAI
Ouvert dans le cadre de la fête de la jeunesse, patronnée par le Ministère de la jeunesse
des sports et des affaires Sociales, l'exposition des attachantes toiles du jeune et
sympathique artiste Mostafa SBAI, né à Berkane, ayant fait ses études picturales à
Paris (Ecole du B. Art, diplômé de cet Etablissement réputé en 1966, mérite une
visite détaillé. Elle se poursuivra jusqu'au 18 juillet et il serait regrettable
de ne pas voir les oeuvres lyrique, dynamiques, d'un fulgurant chromatisme et
d'une force étonnement expressive et quelquefois cauchemardesque, mais dans le sens
le plus prenant du mot (à la Hoffmane. Idgar Poe ou Albert Duror). De cet artiste,
qui expose à Oujda depuis 1965, a participé à nombre de présentations collectives
(El-Jadida, Théâtre National Mohammed-V de Rabat, Festival Panafricain d'Alger) et
donna aussi une exposition appréciée à Berkane, en avril 1971, après une autre
exposition individuelle à Oujda. M. Mostafa SBAI a accompli en outre des voyages
d'études, en profitant pour exposer quelques oeuvres, en Espagne, en France,
Belgique et Hollande ; eu également au Danemark, en Suède, en Allemagne et en
Grande-Bretagne.
Un sens de la souffrance et du choc rétinien
Douleur, tristesse, mais aussi une étonnante vigueur plastique ; des « champs de force
comme en crée la musique », a écrit un critique. Une barrière aussi, qui semble vouloir
briser des lignes torturantes comme on s'arrache douloureusement à des liens.
Des compositions qui seraient un peu empâtées, si la diversité éblouissante des tons
et la multiplicité des détails, avec ce que D.F.P. de Northal a appelé justement
un « traumatisme rétinien » ne faisaient pas oublier cette brutalité (mais combien
sincère et envoûtante) d'une inspiration se refusant à des ménagement timorés. Peu
d'abstrait, dans le sens hermétique attaché à ce mot. Les symboles restent d'une
aveuglante clarté. Sous l'immobilité picturale, les sujets semblent s'animer et
le monde magique de SBAI crie et se crispe. On a l'impression de contempler une
humanité qui cherche à briser des barreaux, à calmer aussi sa misère ; mais avec
des tons de vitrail, en paraissant unir le rêve à la revendication, le rictus à
la tendresse. Un visible amour pour les humbles, les souffrants, les déshérité,
même ces désaxés, un hippie, notamment, qui peuvent arguer de l'incompréhension
et de la dureté d'une société implacable pour justifier une révolte exhibitionniste
et hirsute. Sous sa violence concentrée, Mostafa SBAI est visiblement un tendre.
Un aspect décoratif aussi, mais sans mièvrerie ni fadeur, bien au contraire, là encore
avec une énergie qui a quelque chose de farouche et d'obstinément tourmenté.
Parmi 16 toiles toutes fortement personnalisées Notons aussi l'amour profond du
peintre pour le Maroc, ses créatures, ses épreuves, ses ... ...typique, ses cérémonies
traditionnelles que SBAI traite à la manière, qui est à dire vrai inimitable,
strictement individualisée. Faut-il citer des oeuvres plus marquantes les unes que
les autres ? Ce serait sans doute trahir le peintre... Toutes sont parfaites.
En dehors d'une foule de personnage (l'auto-stoppeur, un buveur, le porteur d'eau,
des petites filles maghrébines, des orphelins, un « fquih », des enfants inadaptés,
une mariée, un fumeur de Kif, un cavalier arabe, un troubadour, des danseuses, etc),
dont certains aussi inattendus qu'obsédants, nous tenons toutefois à signaler la qualité
d'oeuvres telles que « Grand jour » (1) ; « Fantasia » (4) ; « La famine » (10) ;
« Kasbah » (26) ; « Tempête » (28) ; « Honte » (39). Et aussi « Le désir d'amour »
(43) ; « Refus » (50) ; « Palestine » (51) ; « Cauchemar » (53 » ;
« Obsession dans l'an 2000 » sans oublier « Conquête de l'espace » et
« La Paix ». Nous pensons qu'il s'agit là des côtés les plus typiques touchant
les tendances et les réalisations mordantes, cruelles et caustiques parfois, mais
toujours d'une franchise totale et pour ainsi dire effrayante, de Mostafa SBAI.
Et comment ne pas sentir un grand souffle d'amour, de pitié et de solidarité dans
tout ce monde palpitant et crucifié, réalisant le miracle de n'être pas figé sur
la toile, mais pour ainsi dire de s'en échapper avec des lambeaux de chair et des
plaies saignantes, en hurlant et en se convulsant désespérément ?
Cette démarche intellectuelle n'explique-t-elle d'ailleurs pas la présence d'oeuvre
à texture nettement impressionniste, quand la plus totale abstraction ne règne pas.
Où se trouve la réalité profonde de cet artiste ? Dans le dessin, dans le figuratif,
dans l'abstrait. Comment le dire ? Ces divers aspects semblent les facettes d'un tout
indissociable que vous auriez tort de ne pas aller visiter... J.L
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